Mon accouchement physiologique : Rencontre avec bébé

Le projet de naissance


Il faut savoir avant toute chose que j’ai déposé un projet de naissance durant ma grossesse afin que mon accouchement se fasse au plus près de mes attentes dans la mesure du possible. Je souhaitais un accouchement physiologique, sans péridurale, dans une position qui favorise le processus naturel, avec un peau à peau immédiat et une mise au sein dans l’heure qui suit. Je désirais éviter l’instrumentalisation. Je voulais également que mon mari puisse couper le cordon ombilical et qu’il soit clampé une fois qu’il ait cessé de battre... 2 pages de demandes auprès de l’équipe de soins. Sachez que certains hôpitaux proposent la filière physiologique pour celles qui souhaitent accoucher plus naturellement afin d’être guidée durant la grossesse et soutenue durant l’accouchement, notamment pendant le travail des contractions. Je souhaitais réellement vivre ce type d’accouchement pour ressentir les effets de mon corps et sentir mon bébé naître. J’avais également très peur de l’aiguille de la péridurale et de ses risques.


La perte des eaux


Tout a commencé un matin de décembre, quelques jours avant mon terme, je me suis levée pour le petit dej, mon mari était en home office à cause (ou grâce) aux grèves. Je me sentais super bien, pas de douleurs ligamentaires pour la première fois depuis 9 mois, j’ai préparé des gauffres puis peu après le petit dej j’ai ressenti un coup de fatigue, un léger mal au ventre et des frissons, c'était inhabituel car j’ai eu très chaud durant toute ma grossesse. Je suis allée me recoucher et en changeant de position j’ai senti un liquide chaud s’écouler. Je me suis levée et SPLASH, j’avais rompu la fameuse poche des eaux ! Comme dans un film !

12h : Le travail commence. J’appelle mon mari, il m’aide à prendre ma douche, à m’habiller, jogging, no makeup, il a passé la serpillère. Je vous passe les détails, sur le coup on était en stress, en y repensant on a des fous rires. La valise de maternité était déjà prête. On est parti à 2 en espérant rentrer à 3.

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Le travail

13h : Arrivée à la maternité, j’avais le col court, dilaté à 1 cm (depuis 1 semaine d’ailleurs). Je continuais de perdre les eaux de manière incontrôlée. La sage-femme me propose d’aller manger et marcher pour dilater le col. Aux cours de préparation à l'accouchement, on nous déconseille de manger durant la durée du travail, nous sommes uniquement autorisées à boire, mais la sage-femme m'a donné son feu vert, alors, gourmande que je suis, je me suis fait un menu Mcdo + mcfleury + donut pour tenir le coup : 1ere ERREUR ! J’ai marché durant 3h avec mon mari, les contractions commençaient à arriver. J’étais trempée car malgré les maxi serviettes hygiéniques de l’hôpital, type planche de surf, deux positionnées l’une sur l’autre, l’eau transperçait, c’était très désagréable. Je suis remontée pour voir où en était le col et me mettre au sec.

18h : dilatée à 2 cm. On m’installe dans la salle nature. Il y avait une grande baignoire ronde de balnéothérapie, un ballon, des lianes en tissu attachées au plafond, une tabouret particulier, un canapé très large. Une chambre très cosy et colorée qui ne ressemblait pas à une chambre d’hôpital. J’ai pris plusieurs douches car je me retrouvais trempée régulièrement, la poche contient 1,5L d’eau environ. Avec mon mari nous filmions un vlog pour immortaliser le moment et enregistrer les derniers messages vidéos à notre Kikinette avant sa naissance.

23h : Dilatée à 5 cm, je commande indien, poulet tandoori, samoussa, cheese nan... la totale 2EME ERREUR ! Je mange sur le ballon tranquillement, les douleurs des contractions étaient supportables, je respirais comme j’avais appris aux cours de préparation pour gérer ma douleur. On me donne des antibiotiques pour éviter l’infection car ça faisait 12h que j’avais perdu les eaux et des microbes pouvaient atteindre mon bébé.

1h du matin : La sage-femme me propose un bain aux huiles essentielles. L’eau était chaude, ça me détendait mais ça accélérait très vite le travail. Et là, début des grosses contractions. J’ai ressenti CLAIREMENT la pire douleur de ma vie. Mais VRAIMENT. La douleur était un mélange de TRÈS fortes douleurs des menstrues dans le ventre et le dos + des GROSSES crampes en même temps dans le ventre. J’en ai pleuré durant 3h non stop dans le bain, plus aucune position ne me soulageait. Mon mari me soutenait comme jamais, assis au bord de la baignoire, il chronométrait les contractions et me prévenait lorsqu’elles arrivaient. Il était ma force à ce moment là et me répétait que chaque contraction me rapprochait de notre bébé et qu’elle trouvait son chemin en appuyant sur le col pour nous rejoindre. Espacées de 2 minutes, j’avais à peine le temps de me remettre de la contraction que la suivante arrivait. Je priais tellement depuis le début du travail mais encore plus à ce moment là, j’avais l’impression que mon coeur allait s’arrêter tant la douleur était insoutenable. Si intense que j’en avais des nausées et la tête qui tournait. J’ai compris pourquoi on nous déconseille de manger pendant le travail et surtout pas un mc do + tandoori. J’étais désemparée, dans le bain (légèrement ensanglanté car je continuais de perdre les eaux), avec mes douleurs horribles, mon mari tenait la poubelle au bord de la baignoire et moi je me retenais à tout prix de vomir (ma phobie), je n’en pouvais plus. J’avais tellement mal que je suis passée de « je vais pas y arriver » « elle sera fille unique, je peux pas en faire un deuxième » à « viens, c’est pas grave on rentre à la maison, tant pis je peux pas la sortir » « comment j’ai fait pour en arriver là ? » C’est à ce moment que tu remets en question ta perception de la vie, tu repenses à toutes ces fois où tu as haussé le ton sur ta maman et tu comprends la valeur d’une mère.

4h : Dilatée à 7 cm. Voyant mon état, la sage-femme me propose la péridurale à faible dose, je sentirais tout mais la douleur serait affaiblie. Elle me dit que je suis capable d’aller jusqu’à 10 mais que ma deuxième poche des eaux venait de se rompre et que ça allait être encore plus douloureux avec des contractions plus rapprochées. J’étais déjà très mal, j’avais peur de ne plus avoir de force et de ne pas réussir à me concentrer à la fois sur la poussée et sur la douleur des contractions. Je n’arrivais même plus à penser tellement les contractions s’enchaînaient. Mon mari et la sage-femme m’encourageaient mais j’avais atteint mon seuil de tolérance à la douleur, tout est dans le mental mais je ne pouvais plus encaisser. J’ai fini par accepter mais j’étais très déçue de moi, j’aurais voulu aller jusqu’au bout. Elle appelle l’anesthésiste, j’étais en pleure, je redoutais la péridurale. Ils me préparent, je ne tenais plus en place. Quand l’anesthésiste m’a posé la péridurale, j’étais à 8 cm, c’était le seuil maximum pour la poser (on peut la poser entre 4 cm et 8 cm). Normalement, elle se pose entre les contractions mais elles étaient tellement rapprochées qu’elle n’a pas terminé de la faire qu’une contraction est arrivée. Je n’arrivais pas à rester immobile dos rond. Mon mari me baissait les épaules et l’infirmière tirait sur mes bras. J’ai malheureusement bougé, 2 fois durant la pose de l’aiguille, par réflexe, peur et douleur. Du coup, elle ne s’est pas correctement diffusée, et je sentais toujours les contractions. J’étais anéantie et crevée, il était 5h du matin, j’étais à 16h de travail.

L’accouchement

6h : dilatation à 10, on a attendu que ma Kiki descende dans le bassin, j’avais hâte, je me tortillais de douleur. La sage-femme m’a fait toucher le sommet de son crâne pour que je me rende compte qu’elle était toute proche, ça m’a donné du courage, j’ai fait une invocation et on a commencé l’accouchement. Lorsque je sentais la contraction arriver, je devais pousser, j’étais actrice de mon accouchement et la sage-femme me guidait et m’encourageait, mon mari également. En 10 minutes c’était terminé, 4 poussées seulement, j’étais tellement concentrée sur la poussée que la douleur était mise entre parenthèses, c’est extrêmement étrange, je ressentais comme des pulsations dans tout le corps. Un conseil suivez bien vos cours de préparation surtout pour la gestion de la douleur et une poussée efficace. Pas d’instruments, périnée intact Dieu merci. J’ai entendu son cri pour la première fois, tout était calme, il a raisonné dans la pièce comme une mélodie, j’ai tendu les bras et suis allée la chercher pour la poser sur ma poitrine. Elle était là notre Kikinette, arrivée à l’heure de la prière de l'aube, avec sa petite bouche en coeur, c’était avec elle tout ce temps que je discutais et qui me répondait par des coups dans les côtes ! Elle a serré très fort le doigt de son papa et il lui a récité du Quran.

Je n’oublierai jamais le regard de mon mari, son désarroi face à ma douleur puis la fierté lorsqu’elle était dans nos bras. Choisissez bien la personne qui va vous accompagner dans cette épreuve, solide, motivante et réconfortante. Je n’y serais pas arrivée sans lui, il m’a donné tellement de force, de courage, de confiance. Il était crevé mais il ne m’a pas lâché la main, il me massait, il avait les mots justes pour m’apaiser, il me soulageait. On nous a laissé profiter d’elle durant la délivrance (lorsque la sage-femme fait sortir le placenta, vérifie son contenu, s’assure qu’il n’y a pas d’hémorragie...) bien que ce fut assez désagréable. Kiki m’a fait son premier méconium sur mon ventre, puis sur la sage-femme et sur la balance (mc do + tandoori). Elle a ensuite reçu les premiers soins, habillée de ses premiers vêtements minuscules, j’ai pu ensuite la mettre au sein pour la tétée d’accueil. L’équipe à respecté au mieux mon projet de naissance et je ne pouvais pas espérer mieux. La sage-femme, extrêmement bienveillante, elle m’a été d’un réel soutien.

Bilan


Un accouchement est une expérience unique, un mélange de 1000 émotions, l’excitation, la peur, l’appréhension, l’impatience, la douleur, la surprise, le soulagement, la joie, la sérénité... Un bonheur intense qui contrebalance la douleur infernale. Qu’on se le dise, le « ça fait mal mais on oublie tout quand on voit notre bébé », 2 mois déjà, je n’ai toujours pas oubli. On oublie certes la sensation de cette douleur mais pas l’état dans lequel elle nous met et j’en suis encore très émue et marquée quand j’y repense. C’était tellement intense, j’étais désemparée car à la fois terrorisée par la péridurale et en même temps je ne supportais plus cette atroce douleur. Je voulais vivre un accouchement totalement naturel mais mon corps me disait stop. J’espère que pour le prochain bébé, si Dieu le veut, j’arriverai à aller jusqu’au bout même si j’appréhende énormément, ça reste un traumatisme. 8 cm c’est déjà pas mal pour un premier bébé m’a dit la sage-femme. Je suis ultra fière et reconnaissante d’avoir eu l’opportunité de donner la vie, par voie basse comme je le voulais, d’avoir écouté mon corps, d’avoir été actrice de mon accouchement, d’avoir senti son cheminement vers la sortie et d’avoir été en symbiose avec mon bébé. C’était la meilleure expérience de ma vie. Elle m’a permis de me surpasser, de me confronter à mes limites, de renforcer ce lien avec mon bébé, et d’en apprendre sur mes capacités physiques et mentales face à la douleur.

Peu importe la manière dont vous choisissez ou non de mettre au monde votre enfant, je souhaite à toutes de vivre cette expérience. Après avoir porté 9 mois (ou moins) son enfant, l’avoir imaginé, lui avoir parlé et préparé sa venue, l’avoir enfin dans ses bras est un sentiment unique et inégalable, Dieu merci !


Comment avez-vous vécu votre accouchement ? Est-ce qu’il correspondait à ce que vous aviez imaginé ? Aviez-vous préparé un projet de naissance ? Avez-vous des conseils pour les futures mamans ?


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